Éducation, société et technologie
Québec - Canada

Ode à la classe moyenne

La montée des idées de droite au Québec
vendredi 21 juin 2002 par André Vincent

Suite aux succès électoraux de l’ADQ au Québec, plusieurs nationalistes du PQ et du Bloc québécois cherchent à ajuster le discours nationaliste aux réelles pratiques socio-économiques de leurs partis.

Le chat commence enfin à sortir du sac. Malgré le virage à des politiques de droite, effectué dans les années 80 et 90, le discours officiel des nationalistes était jusqu’ici resté relativement « social-démocrate ». Toutes les mesures de matraquage des syndicats, notamment dans le secteur public, de coupures dans les services sociaux, de santé et d’éducation était justifié par un discours de solidarité sociale et de préservation de la capacité financière de l’état d’intervenir dans la redistribution de la richesse, l’ajustement de l’économie face à la mondialisation, la création d’emploi, etc.

Or, les partisans du néo-libéralisme estiment maintenant que pour poursuivre le « dégraissage » de l’état, c’est à dire plus concrètement, le démantellement des services publics, le discours social-démocrate n’est plus adapté. Il faut donc virer résolument aux idées de droite. Dans les rangs nationalistes, les premières salves ont été tirées par le ministre péquiste Joseph Facal, un proche du ministre de l’« imputabilité », François Legault, soutenu par l’aile dite jeunesse du PQ et l’ex-député conservatrice, aujourd’hui député bloquiste, Pierrette Venne (Oui au virage à droite, La Presse 21 juin).

En fait, s’exprime enfin clairement chez les nationalistes québécois ce que plusieurs percevaient depuis plusieurs années : « S’il faut aller à droite pour faire l’indépendance, allons-y résolument et explicitement ».

Mais, comment faire passer cette couleuvre au bon peuple encore attaché aux valeurs de solidarité sociale et de partage des richesses ? C’est simple, au nom de la défense des intérêts de la majorité silencieuse et de la classe moyenne. Au nom du « raz le bol » du cochon de payeur de taxes.

Si Margaret Tatcher et Ronald Reagan ont bien réussi à faire avaler ça dans les années 80 et Chirac/LePen récemmment, pourquoi pas l’ADQ/PLQ/PQ ici ?

Ce n’est pas un hasard si ce débat au sein du PQ est intervenu au sein du Conseil des ministres autour du timide projet de loi anti-pauvreté de Bernard Landry. En effet, comment peut-on contrer un tel projet de loi sans rompre radicalement avec le discours social-démocrate. Il faut donc opérer la rupture. Et c’est bien ce que proposent Facal, Legault, Venne et compagnie dans la foulée de Mario Dumont : au nom de la défense des intérêts de la classe moyenne et de la majorité silencieuse. Parions que le PLQ y viendra lui aussi.

Dans les mois à venir, on n’a pas fini de l’entendre chanter par tous nos politiciens et sur tous les tons cet Ode à la classe moyenne dont M. Mario Roy dans son éditorial du 21 juin dans le quotidien La Presse a très bien su écrire le premier couplet.

On a pas fini de les entendre ces pourfendeurs des « lobby » syndicaux et des « progressistes » de la « société civile ». Pierrette Venne a lancé les premiers boulets rouges (ou serait-ce plutôt bleus), d’autres suivront assurément.


Comment peut-on, à 20 ans, se considérer progressiste et être membre d’un parti néo-libéral au pouvoir. Quelles politiques défendront ces « jeunes » quand ils auront 50 ans ? Regardez Mario Dumont qui était président de l’aile jeunesse du PLQ à l’époque de Bourassa. C’est notre futur Maurice Duplessis : nationalisme de droite.


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