L’utilisation des TIC dans l’enseignement collégial concerne d’abord la relation prof-élèves.
Dans cette relation, nous distinguerons 3 approches différenciées quant à l’utilisation des TIC ? :
- constituer un complément ou un apport supplémentaire aux diverses autres ressources, techniques ou moyens d’information et de communication mis en oeuvre pour favoriser l’apprentissage de l’élève (exemple : liste de signets ou pointeurs vers des ressources complémentaires en ligne ; accès en ligne à des encyclopédies, bases de données, annuaires bibliographiques ; banques de photos et d’images ; didactiels d’apprentissage interactifs spécialisés ou généralistes dans un champ très spécifique d’enseignement) ; [1]
- remplacer, et donc éliminer, certaines techniques ou moyens d’apprentissage, considérés désuets, au profit de nouvelles technologies considérées plus efficaces et plus appropriées (exemple : la remise et la consultation des notes uniquement électroniquement ; des quizz et exercices uniquement accessibles et réalisables en ligne ; listes et forum de discussion) ; lorsque le remplacement atteint une masse critique, la nature même des activités d’apprentissage ainsi que la nature de la relation prof-élèves, peuvent en être modifiés profondément (exemple : la télé-formation) ;
- soit, dédoubler des pratiques, des techniques ou des moyens d’information et de communication déjà en vigueur (exemple : plan de cours, notes de cours imprimés ET en ligne) ;
Appréciation des 3 approches
- L’approche complémentaire est la plus pratiquée présentement dans l’enseignement supérieur et s’intègre de façon relativement harmonieuse avec les autres techniques et moyens ; elle s’intègre de façon diversifiée selon les besoins et la disponibilité de ressources technologiques efficaces et appropriées. C’est présentement l’approche qui est de loin la plus riche en expérimentation dans le secteur de l’enseignement supérieur, tant au Québec que dans les autres pays industrialisés.
- L’approche de remplacement est en plein essor quoique très peu pratiquée encore ici et se développe pratiquement en marge de l’enseignement collégial au Québec ; c’est l’approche la plus exigeante en terme de ressources technologiques et financières, support et soutien technique, organisation du travail d’enseignement et celle qui aura sans doute le plus d’impacts dans les relations profs-élèves, dans la décennie à venir ; c’est présentement l’approche où les experts et spécialistes se livrent la lutte politique la plus vive, se départageant entre les partisans (conscients ou inconscients - ces derniers étant souvent les plus dangereux) de la marchandisation de l’éducation et les partisans d’une éducation publique, humaniste, citoyenne, accessible, ouverte et démocratique ; entre les partisans d’une technologie propriétaire et marchande, à architecture et contenu fermé (LMS - Learning Management System, Course Management System ou Enterprise Educational Portal - sic) et les partisans d’une technologie à architecture et contenu ouvert, accessible, communautaire, publique et collaboratif (C3MS). Les choix technologiques retenus ne sont pas innocents, à moins évidemment de prétendre à l’innocence [2]
- L’approche de dédoublement est la plus facile à implanter pour les administrations scolaires, mais la plus désastreuse [3] en terme non seulement de gaspillage d’énergies, mais surtout qu’elle constitue un frein au développement des deux autres approches ; c’est l’approche qui produit le plus souvent un affrontement entre ceux qui se qualifient mutuellement de « dinosaure » de l’enseignement, résistants à tout changement et de « techno-pédagogo », toujours friands des derniers gadgets technos à la mode. Cette approche est souvent justifiée par les décideurs, par le manque de ressources (souvent réel), mais masque le plus souvent une incompétence et/ou une ignorance des technologies disponibles. Souvent, on cède au premier vendeur venu nous présenter LA solution clef en main toute faite bien emballée par un marketing agressif. On croit ainsi faire l’économie d’un débat et d’une consultation sur l’architecture et la ou les technologies les plus appropriées (les enseignants étant souvent considérés incompétents à traiter de ces choix). Puis, on s’aperçoit rapidement que LA « solution » proposée s’intègre mal ou pas du tout aux autres techniques et méthodes déjà développées, qu’elle ne peut ni prétendre les remplacer de manière plus efficace, ni même les enrichir. Alors on a l’impression de s’être fait arnaquer et on devient très méfiant à l’égard des nouveaux gadgets informatiques.
