Éducation, société et technologie

En Uruguay, des ordinateurs gratuits à l’école pour intégrer les enfants pauvres

samedi 17 octobre 2009.

A la sortie des écoles, les rues de Montevideo sont pleines d’écoliers portant fièrement de curieuses mallettes d’un vert éclatant. Ce ne sont pas des cartables, mais des ordinateurs portables en plastique, pas plus encombrants qu’un manuel scolaire. La même scène insolite se répète dans toutes les villes et jusque dans les villages les plus isolés.

Petit pays de 3,5 millions d’habitants, l’Uruguay est le premier au monde à fournir gratuitement aux élèves des écoles primaires publiques et aux enseignants cet ordinateur portable. "Une boîte magique", s’exclame Tomas, qui pianote avec enthousiasme sur son clavier, assis sur un banc. A 12 ans, il manie Internet, a créé un blog, et retrouve ses copains sur Facebook.

Résistant à l’eau, équipé d’un système Linux avec une connexion sans fil et une Web Cam, le laptop, dénommé XO, est peu gourmand en énergie. Il peut fonctionner à l’énergie solaire et même être rechargé manuellement à l’aide d’une manivelle. Il a été inventé en 2005 par Nicholas Negroponte, professeur au Massachusetts Institute of Technology (MIT) et président de la fondation humanitaire One Laptop per Child (OLPC, Un ordinateur par enfant). L’ambition d’OLPC, qui bénéficie du financement de géants de l’informatique, est de distribuer des millions de ces ordinateurs portables, robustes et peu coûteux, aux enfants les plus pauvres de la planète.

Le gouvernement uruguayen a été le premier à passer commande, dès 2006. Pour Tabaré Vazquez, premier président de gauche élu de l’Uruguay qui a pris ses fonctions en 2005, cette initiative, baptisée "plan Ceibal", est un moyen de favoriser l’équité sociale aussi bien que l’éducation. Le président socialiste, qui quittera son poste au lendemain de l’élection présidentielle du 25 octobre, a remis, le 13 octobre, les derniers ordinateurs aux élèves de 6 à 12 ans d’une école d’un quartier défavorisé de Montevideo. Plus de 360 000 ordinateurs portables ont été distribués ces dernières années dans 2 332 écoles. Le président a obtenu que la société des télécommunications nationale fournisse l’accès à Internet à toutes les écoles d’ici la fin de l’année.

"Le XO favorise l’intégration des familles", note Juan Morales, directeur de l’école n° 157 de Villa Garcia, une zone rurale près de Montevideo. Les 1 200 élèves du primaire utilisent leur ordinateur pendant les cours, mais peuvent aussi l’emporter chez eux et le partager avec leur famille. "Nous avons formé des dizaines de parents, fascinés de pouvoir communiquer avec le monde entier, chercher des informations, regarder des photos", se félicite M. Morales. Il raconte que, bien après la fin des cours, y compris le week-end, des ribambelles d’enfants s’assoient avec leur XO sur le trottoir, devant l’école, pour bénéficier de la connexion Internet qui n’arrive pas dans les endroits isolés.

Du côté des 42 professeurs, il y a eu des réticences. La plupart n’avaient jamais eu d’ordinateur. Proche de la retraite, Juan Salgueiro admet avoir du mal à s’adapter. Le maître d’école bougonne : "Le gouvernement devrait plutôt investir de l’argent pour résoudre les besoins nutritionnels de base de beaucoup d’enfants." Il se plaint des bas salaires des enseignants et rappelle que le XO est plus cher que prévu : près de 200 dollars.

"La moitié des enfants en Uruguay vivent sous le seuil de pauvreté", rappelle l’ingénieur Juan Grompone, qui a participé au lancement du plan Ceibal. A son avis, "le pays ne peut plus compter sur une économie essentiellement agricole, il doit se préparer à la nouvelle économie du savoir". Il considère que l’Uruguay est "le pays idéal pour tester l’efficacité de cette initiative, car il a une population âgée et ne compte que 300 000 élèves dans le primaire". Les enfants en âge scolaire ne représentent que 10 % de la population. Au Brésil, dit-il, "ils représentent un habitant sur trois, ce qui rend le projet beaucoup plus coûteux". En Uruguay, le programme a accaparé moins de 5 % du budget de l’éducation nationale.

"L’Uruguay est le laboratoire du monde", lance l’ingénieur. Les premières études montrent un impact éducatif variable selon le milieu social. Selon M. Grompone, une évaluation précise sera possible dès 2011. Une partie des écoliers formés avec les XO aura 15 ans et se présentera à un examen, équivalent français du BEPC. "Les résultats, jusqu’ici médiocres, devraient s’améliorer", prédit M. Grompone. Optimiste, l’Uruguay prévoit, d’ici la fin de l’année, l’octroi d’ordinateurs portables aux élèves de première année des lycées publics et, ensuite, aux établissements privés.

Source : Le monde

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